Article : magnétiseur, énergéticien, coupeur de feu, scanneur et pratiques voisines

Magnétiseur, énergéticien, coupeur de feu, scanneur : ces mots circulent souvent comme des synonymes. Ils recouvrent pourtant des histoires très différentes. Certains remontent à un homme et une date précise, d’autres à une transmission orale dont personne ne connaît le point de départ, d’autres encore à des civilisations entières. Cet article ne cherche pas à les classer ou à les départager : il raconte d’où elles viennent.

Le magnétiseur : un héritage du XVIIIe siècle

Le mot vient du « magnétisme animal », une théorie formulée par Franz Anton Mesmer, médecin autrichien. Il a choisi ce nom par analogie avec l’aimant : dans sa thèse, il décrit une propriété du corps animal qui le rendrait sensible aux influences des corps célestes et de l’environnement. Selon cette théorie, un fluide universel agirait par les nerfs sur les organes.

Mesmer s’installe à Paris à la fin des années 1770, où sa pratique et ses séances collectives (le célèbre « baquet ») rencontrent un grand succès. La Société de l’harmonie, créée en 1783, diffuse sa doctrine. En 1784, le gouvernement charge la Faculté de médecine et la Société royale de médecine d’examiner le magnétisme animal, et leurs conclusions lui sont défavorables.

La même année s’ouvre pourtant un autre chapitre. Le marquis de Puységur, élève de Mesmer, magnétise un jeune homme malade sur son domaine et observe un état inattendu, qu’il nomme « somnambulisme artificiel ». Mesmer, lui, rejetait les effets thérapeutiques de ce somnambulisme. C’est cet état qui sera appelé « hypnose » à partir de 1843.

Au début du XIXe siècle, le magnétisme animal renaît en France sous l’impulsion de Puységur et de son disciple Deleuze, auteur de la première histoire du magnétisme animal. En Allemagne, il suit un autre chemin : des auteurs le rattachent à l’ancienne magie et au paracelsisme. Ce double héritage, savant d’un côté, ésotérique de l’autre, explique en partie pourquoi le mot « magnétiseur » évoque encore aujourd’hui à la fois la médecine d’autrefois et le don.

Le coupeur de feu : une tradition orale

Le coupeur de feu porte plusieurs noms : barreur de feu, leveur de maux, panseur de secrets, faiseur de secret. Il détient une formule, souvent une prière, qui soulagerait les brûlures, mais aussi le zona ou les coups de soleil.

Sa particularité est son mode de transmission : le « secret » passe d’une personne à une autre, de bouche à oreille, généralement sans contrepartie financière. Le détenteur choisit à qui il le transmet. Un guérisseur vaudois racontait à Swissinfo avoir dû faire ses preuves avant de recevoir le secret, plus de vingt ans plus tôt, et que sa transmettrice ne le lui avait pas livré tout de suite.

En Suisse romande, la tradition est décrite comme pluriséculaire. Elle est très présente dans les cantons de Fribourg, du Jura et du Valais, et liée au monde agricole, puisque les guérisseurs sont aussi appelés pour les animaux. Le « Secret » figure à l’inventaire suisse des traditions vivantes, la liste nationale du patrimoine culturel immatériel. En France, la pratique est particulièrement connue en Haute-Savoie, et elle existe aussi en Belgique.

L’énergéticien : une notion de plusieurs cultures

« Énergéticien » est un terme générique, qui désigne un praticien travaillant avec ce qu’il appelle l’énergie vitale. Cette idée n’est pas propre à un lieu : elle existe sous des noms différents selon les cultures, qi en Chine, ki au Japon, prana dans la tradition indienne.

Le mot « énergéticien » dans ce sens est contemporain. Je ne sais pas à quelle date il est apparu en français. Il regroupe des pratiques d’origines très variées, ce qui explique qu’on y trouve aussi bien des méthodes codifiées venues d’Asie que des approches propres à chaque praticien.

Le scanneur : un vocabulaire récent

C’est l’entrée la plus difficile à documenter. Le mot « scanner » est un emprunt à l’anglais to scan (examiner avec précision), apparu au XXe siècle, et son sens premier désigne un appareil. Dans le champ énergétique, certains praticiens parlent de « scan » ou de « body scanning » pour décrire une perception du champ d’énergie de la personne. Je n’ai trouvé aucune lignée historique ni aucune tradition codifiée rattachée à ce terme : il appartient au vocabulaire contemporain du bien-être.

Le Reiki : un héritage japonais récent

Le Reiki est attribué à Mikao Usui (1865-1926), bouddhiste laïc japonais. Selon le récit traditionnel, il aurait effectué une retraite de 21 jours de jeûne et de méditation sur le mont Kurama, au cours de laquelle il aurait reçu une vision. Cette montagne est aujourd’hui un lieu de pèlerinage pour les adeptes du Reiki.

Usui a enseigné à plus de 2 000 personnes selon l’inscription de sa pierre commémorative, et il a fondé l’association Usui Reiki Ryoho Gakkai, qui existe toujours. Son élève Chujiro Hayashi a fondé sa propre lignée et formé Hawayo Takata, qui a introduit le Reiki à Hawaï en 1937, puis aux États-Unis. Takata a formé 22 maîtres, dont descendent la plupart des lignées pratiquées aux États-Unis. Les récits d’origine varient selon les lignées et leur historicité est discutée, comme c’est souvent le cas pour les traditions transmises oralement.

L’acupuncture : une tradition d’État et de maître à disciple

L’acupuncture et la moxibustion sont deux composantes de la médecine traditionnelle chinoise. La théorie considère le corps comme un petit univers parcouru de canaux, les méridiens, sur lesquels des points peuvent être stimulés. Le texte fondateur de la médecine chinoise, le Huangdi Neijing, est généralement présenté comme remontant à plusieurs siècles avant notre ère, mais sa datation exacte est discutée.

En 2010, l’UNESCO a inscrit l’acupuncture et la moxibustion sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le texte de la décision précise que ces savoirs se transmettent par instruction orale et démonstration, de maître à disciple ou au sein d’un clan, et aujourd’hui aussi par l’enseignement académique.

Le tui na : le massage des médecins impériaux

Le tui na, littéralement « pousser et saisir », est une des branches de la médecine traditionnelle chinoise. Son ancêtre porte d’abord le nom d’anwu puis d’anmo. Sous les dynasties Sui et Tang (VIe-Xe siècles), un département de massage est créé au sein de l’Office des médecins impériaux, et la pratique s’épanouit. La dynastie Ming (XIVe-XVIIe siècles) en voit un second âge d’or, et c’est à cette époque que le nom « tui na » s’impose. La pratique s’est aussi transmise au Japon, où le terme anma est resté en usage.

Ce qui rapproche ces traditions

PratiqueOrigineMode de transmissionPlace culturelleMagnétismeFrance et Europe, années 1770-1780Livres, sociétés savantes, puis tradition oraleEntre médecine ancienne et hypnoseCoupeur de feuEuropéenne, ancienne (origine inconnue)Orale, de personne à personnePatrimoine vivant suisseÉnergéticienPlusieurs cultures, terme récentFormations, enseignement privéTerme générique contemporainScanneurVocabulaire du XXe siècleAucune lignée trouvéeBien-être contemporainReikiJapon, début du XXe siècleInitiation de maître à élèveLignées multiplesAcupunctureChine, très ancienneMaître à disciple, puis académiquePatrimoine UNESCO, 2010Tui naChine, plusieurs sièclesÉcoles, collèges impériauxBranche de la médecine chinoise

Cédric Suming, Reiki Master-Teacher (lignée Usui Ryōhō), LaHoChi et LaHoChi 13th Octave. Centre Reiki, 58 rue d’Argout, 75002 Paris.

Sources (CR-BLOG-ENERGIES-002-SRC)

  1. Belhoste B., Franz Anton Mesmer (compte rendu), La Vie des idées. https://laviedesidees.fr/Une-histoire-de-fluide

  2. Le magnétisme animal en France et en Allemagne, OpenEdition Books. https://books.openedition.org/psorbonne/87390

  3. Mesmerism, Encyclopedia.com. https://www.encyclopedia.com/science/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/mesmerism

  4. Animal Magnetism and Psychic Sciences, 1784-1935, Diogenes 48(190), 2000. https://www.cambridge.org/core/journals/diogenes/article/animal-magnetism-and-psychic-sciences-17841935-the-rediscovery-of-a-lost-continent/0A7EB8AEE4418709C2B286860800BAAB

  5. Prayer healing still engrained in Swiss culture, Swissinfo. https://www.swissinfo.ch/eng/history/prayer-healing-still-engrained-in-swiss-culture/34114842

  6. Liste du patrimoine culturel immatériel valaisan (Office fédéral de la culture). https://www.vs.ch/fr/web/culture/patrimoine-culturel-immateriel

  7. Kasser S. et al., Acceptation of Folk Medicine and its “secrets” in a Swiss Burn Centre, Annals of Burns and Fire Disasters 32(3):227-233, 30 sept. 2019. https://serval.unil.ch/notice/serval:BIB_6F1E388420AF

  8. Les coupeurs de feu s’invitent dans les hôpitaux, DH.be. https://www.dhnet.be/actu/societe/les-coupeurs-de-feu-s-invitent-dans-les-hopitaux-5b42445e55324d3f133f7285

  9. Coupeurs de feu : des histoires de secrets, consoGlobe. https://www.consoglobe.com/coupeur-de-feu-cg?amp

  10. Dictionnaire de l’Académie française, 9e éd., « scanner ». https://dictionnaire-academie.fr/article/A9S0708

  11. Portail-autoentrepreneur.fr, Magnétiseur (définition de l’énergéticien). https://www.portail-autoentrepreneur.fr/academie/fiches-metiers/sante-bien-etre/magnetiseur

  12. Britannica, Reiki. https://www.britannica.com/science/Reiki

  13. Reiki, SAGE Encyclopedia of Theory in Counseling and Psychotherapy. https://sk.sagepub.com/ency/edvol/embed/the-sage-encyclopedia-of-theory-in-counseling-and-psychotherapy/chpt/reiki

  14. Mikao Usui, Wikipedia. https://en.wikipedia.org/wiki/Mikao_Usui

  15. UNESCO, Décision 5.COM 6.6 (2010). https://ich.unesco.org/en/Decisions/5.COM/6.6

  16. Foundations and development of Tui na, Musculoskeletal Key. https://musculoskeletalkey.com/foundations-and-development-of-tui-na/

  17. Tuina Chinese manual therapy, Meer.com (nom « tui na » sous les Ming, diffusion au Japon). https://meer.com/en/55240-tuina-chinese-manual-therapy

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